20 août 1940
Camp du Vernet, le 20.VIII.[19]40
Wolf, Friedrich, Quartier B, Baraque 8, à Monsieur le Préfet de l’Ariège à Foix
D’urgence !
Monsieur le Préfet,
J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance ma libération immédiatement pour préparer mon départ de la France.
Le 26 Juillet le Consul Général de Mexique à Marseille m’a informé que j’ai obtenu le visa pour le Mexique ; il m’a demandé de me présenter « dans le plus bref délai » au Consulat à Marseille. Bien que j’aie fait tout de suite une demande chez Monsieur le capitaine de l’Information du camp et bien que tous mes papiers et documents soient là-bas, je n’ai pas reçu en 3 semaines une décision.
Le 12 Août le Service consulaire de l’Ambassade de l’U.R.S.S. / Vichy m’a communiqué que j’ai obtenu le visa pour l’U.R.S.S. pour rentrer auprès de ma famille qui sont des citoyens soviétiques et habitent Moscou. Le Consul soviétique me demande de me « présenter à l’Ambassade, 9, rue Hubert Colombier, Vichy ».
Maintenant je possède 2 visas (1 pour l’U.R.S.S., 1 pour le Mexique). Je possède des moyens pour le ticket de voyage. Je suis en règle avec mes papiers français (titre de voyage). Je n’ai jamais agi contre les lois françaises, je ne fus jamais puni en France. Je suis ex-allemand, apatride selon le décret allemande du 8 Juin 1935 ; je suis juif et plus âgé que 51 ans (né le 23 Décembre 1888)[.] En considération de ces faits, et du fait que les hostilités entre la France et l’Allemagne sont terminés je crois qu’il n’y a aucune raison me détenir encore ici au Camp.
Je vous prie donc, Monsieur le Préfet, de me libérer aussitôt de ce camp, afin que je puisse préparer immédiatement mon émigration et mon départ de la France.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’assurance de mes sentiments très respectueux.
Dr. Friedrich Wolf
P.S. je me permets d’ajouter que la commission allemande venue au camp la semaine dernière a déclaré catégoriquement qu’elle n’a aucune intérêt des détenus d’origine juif et qu’elle n’a pas marque même les noms des détenus juifs, qui ne puissent jamais rentrer en Allemagne. Aussi à cause de cela il n’y a pas une raison me retenir ici, moi — apatride, juif, âgé plus de 51 ans, muni avec les visas pour l’U.R.S.S. et pour le Mexique.
En cas que je ne puisse quitter tout de suite la France je vous prie de m’assigner comme résidence forcée Sanary (Dép[artement] Var) qui a été mon domicile jusque le 30 Août 1939 et ou je peux habiter aussi maintenant.
Fr. W.